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La France n’a point besoin de l’Afrique… dans les discours de Sarkozy…

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Le recul relatif de la présence des entreprises françaises en Afrique Subsaharienne est le plus souvent présenté d’un point de vue français. Depuis nombre de pays d’Afrique, notamment francophones, les choses sont bien différentes.

« Bonnes pratiques de la Françafrique »

À l’unisson de la communication « Sarkozienne », les multinationales hexagonales entonnent également le refrain de la « rupture avec la Françafrique », avec les couplets sur la transparence et la bonne gouvernance. Les entrepreneurs français investis en Afrique, dont beaucoup sont les héritiers de groupes coloniaux ou ayant prospéré aux grandes heures de la Françafrique, cherchent à se donner une image plus avenante. Critiquées depuis longtemps par nombre d’ONG de défense des droits de l’homme, des droits sociaux ou de l’environnement, et prises à revers aujourd’hui par la stratégie prédatrice des concurrents chinois, les multinationales sont devenues très soucieuses de leur image et se réapproprient à leur façon la thématique de la « rupture ». « Le fait que la France aide certains prédateurs africains la rend très impopulaire parmi les populations africaines », allait jusqu’à affirmer Anthony Boutheiller, alors président délégué du CIAN. «Cette impopularité risque de se retourner contre nos entreprises. Nous ne sommes pas complices des « kleptocrates » africains. Nos investissements se font à long terme, indépendamment du calendrier politique.»

Fourberies des entreprises Françaises en Afrique

Beaucoup de belles déclarations. Pourtant, les entreprises tiennent à rester dans des démarches volontaires et, surtout, non contraignantes et non contrôlables. Cet «engouement» pour la «responsabilité sociale des entreprises» (RSE) et « le développement durable » est d’abord une réponse au « risque d’image », aux campagnes et aux mobilisations qui se sont développées face aux pratiques des multinationales. Lorsque qu’Areva propose la mise en place d’observatoires indépendants de santé sur ces sites miniers du Gabon et du Niger, c’est évidemment une réplique à la médiatisation des rapports d’enquêtes réalisés par l’association Sherpa et le CRIIRAD sur les conséquences de l’extraction de l’uranium sur la santé des travailleurs et des populations des mines d’Arlit et de Mounana et aux critiques de plus en plus vives dont le groupe est l’objet dans l’opinion publique nigérienne. L’environnement peut être aussi un « investissement » rentable, qui permet de préserver ou de gagner des parts de marché. Le groupe forestier Rougier, qui exploite près de 2 millions d’hectares de concessions forestières au Cameroun, au Gabon et au Congo, est ainsi un « nouveau converti » au développement durable. Il s’est engagé dans la certification de l’ensemble de ses activités d’exploitation forestière et de transformation. Il s’agit pour le groupe français « de répondre à la demande grandissante de ses clients pour des bois certifiés » . Et, pour de nombreux acteurs des travaux publics en Afrique, l’inclusion de clauses sociales et environnementales dans les marchés d’aide publique au développement apparaît comme une réponse possible à l’offensive des entreprises chinoises.

Au-delà des grands discours, les « bonnes pratiques » des entreprises françaises en Afrique sub-saharienne ont souvent un goût amer pour les populations. En mars 2008, Alain Joyandet visite, lors de son passage au Cameroun, les Plantations du Haut Penja (PHP ), premier producteur de bananes et premier employeur privé du pays Hasard du calendrier, l’entreprise détenue à 60 % par la Compagnie fruitière, basée à Marseille, est épinglée au même moment par un rapport du Comité catholique contre la faim et le développement (CCFD) et d’Oxfam-Agir ici. Très liée aux arcanes du pouvoir camerounais, la société « se veut exemplaire, expliquent les deux ONG : contribution au développement d’une région défavorisée, salaires supérieurs à la moyenne, certifications environnementales, ISO 14001, investissements caritatifs dans la lutte contre le sida et campagne au profit de l’Unicef, construction et financement de l’hôpital de Njombé… Sur le terrain les échos sont différents. » L’épandage de pesticides expose la santé des travailleurs et des riverains, les intimidations des employés sont permanentes, les ONG de Droits de l’homme dénoncent les expropriations abusives, etc. En février 2008, c’est l’explosion. La population se révolte aux cris de « nous ne sommes pas des esclaves », les plantations sont pillées 64. L’intervention de l’armée fait neuf morts. Le maire de Penja, élu en 2007, est arrêté puis officiellement condamné pour pillage en bande. Il avait obtenu, en 2007, un redressement fiscal de PHP…

Respect des droits de l’homme selon Bolloré

La Compagnie fruitière n’a pas le monopole des « bonnes pratiques » contestables dans le secteur de l’agro-industrie. Bolloré, qui contrôle via la société luxembourgeoise Socfinal d’immenses plantations d’hévéa et de palmiers à huile au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Libéria ou au Nigéria, a une conception très particulière du « respect de l’homme » dont le groupe se flatte pourtant : exploitation des travailleurs, expulsion de populations, atteinte à l’environnement, etc. Pour décrire les conditions de travail dans les plantations de Kienké (Cameroun), la correspondante du journal Libération évoque « un Germinal sous les tropiques ». Naturellement, « l’irresponsabilité » sociale et environnementale des grandes entreprises françaises en Afrique ne se limite pas au secteur des plantations. Les pollutions pétrolières de Total au Congo ou au Nigéria, la sur-exploitation des nappes phréatiques par Aréva au Niger, la répression syndicale dans les mines d’or maliennes exploitées par la Somadex (filiale de Bouygues) ou dans les chemins de fer de Bolloré au Burkina et au Cameroun – la liste n’est pas exhaustive – ont régulièrement fait, ces dernières années, la « une » de la presse africaine et, parfois, internationale…

Les discours tenus à Paris sur les relations franco-africaines ont changé ces dernières années. Effets de communication ? Changement de paradigme ? Rupture ? A l’évidence, la diplomatie française se met toujours plus au service des acteurs privés. Les multinationales françaises, ainsi placées sur le devant de la scène, ont adapté leurs stratégies à un nouveau contexte marqué par la libéralisation des économies africaines et par l’offensive de nouveaux acteurs. Ces évolutions, bien réelles, ne signifient pas pour autant que « la France » abandonne ou déserte le continent africain, ni que les anciennes pratiques, officiellement réprouvées, ont disparu. La Françafrique mute mais ne rompt pas. Peut-on enterrer ce qui n’en finit pas de mourir ?

Les régimes kleptocrates de la Françafrique

Rarement aussi ouvertement « politique », parce que nombre d’entre eux sont en réalité très proches des régimes kleptocrates et de cette «France» qui les soutient envers et contre tout, le discours des patrons français d’Afrique se concentre en général sur les pratiques de leurs propres entreprises. Les multinationales françaises en Afrique sont ainsi devenues des adeptes de la « responsabilité sociale et environnementale des entreprises ». Il n’est pas un groupe d’importance qui n’affiche son « code de bonne conduite », sa « charte éthique », ses « engagements en matière de développement durable » ou ne se dote d’équipes managériales dédiées à ces questions. Le groupe Bouygues, par exemple, revendique « son engagement en faveur de la protection de l’environnement, du respect des droits de l’Homme et des normes du travail, et de la lutte contre la corruption ». Bolloré s’engage, sur son site internet, « à exercer ses métiers dans un profond respect de l’homme. Il porte une attention particulière au respect des systèmes de valeurs, politiques et culturels, propres à chaque territoire ». Pour minimiser son empreinte environnementale, Areva « s’engage à réduire sa consommation de ressources naturelles, maîtriser ses rejets et optimiser la gestion de ses déchets ». Total ou Orange ont chacun développé leur fondation, pour financer des projets de « solidarité » dans les pays d’intervention du groupe.

Entreprises Françaises qui pillent l’Afrique

Le poids économique des entreprises françaises y reste tout à fait déterminant. La Côte d’Ivoire est sans doute l’exemple le plus extrême puisque les grandes entreprises françaises sont présentes ou contrôlent toujours, malgré la crise, la presque totalité des secteurs clés de l’économie nationale, à l’exclusion notable de celui du cacao. Bolloré est concessionnaire du terminal conteneurs du port d’Abidjan, actionnaire majoritaire du chantier naval Carena, de la société d’exploitation du parc à bois d’Abidjan, du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou (Sitarail) et contrôle 22 000 hectares de plantations de palmiers et d’hévéas. Bouygues est non seulement un acteur central dans les travaux publics mais aussi dans l’eau (Sodeci), l’électricité (Compagnie ivoirienne d’électricité et centrale thermique de la Ciprel) et l’exploitation pétrolière.

Le groupe Castel dans les boissons (Solibra, Sadem) et l’industrie sucrière (Sucaf) ; CFAO-PP R dans la distribution et la plasturgie ; la Compagnie fruitière dans la culture bananière ; EDF dans l’électricité (centrale d’Azito) et l’exploitation pétrolière ; France Télécom dans la téléphonie fixe, mobile et l’internet avec Ivoire télécom ; Minram dans la minoterie (Grands Moulins d’Abidjan). Sans oublier les entreprises françaises du secteur bancaire, de l’assurance, du raffinage, du ciment, de l’hôtellerie, etc.

Au Sénégal, plus de 250 entreprises françaises sont présentes dans le pays, sous forme de filiales, participations minoritaires ou entrepreneurs français créant avec des partenaires sénégalais des sociétés de droit local. La Compagnie sucrière du Sénégal (CSS), premier employeur privé, est ainsi une filiale du groupe Mimran, qui détient également les Grands Moulins de Dakar. Les entreprises françaises détiennent des positions clés dans les secteurs des télécoms (Sonatel, filiale de France Télécom, avec 71 % de parts de marché dans la téléphonie mobile), de l’eau (SDE, filiale de Bouygues) ou des banques (BICIS, filiale de BNP-Paribas ; Crédit du Sénégal, filiale du Crédit agricole ; SGBS, filiale de la Société générale). Les principaux groupes français sont également présents dans l’hôtellerie (Accor), la Santé (Sanofi Aventis), les travaux publics (Bouygues, Eiffage, Vinci), la production de ciment (Vicat), l’agroalimentaire (Société des Brasseries de l’Ouest Africain, filiale du groupe Castel), l’exploration pétrolière et gazière (EDF, Maurel & Prom), le raffinage et la distribution de produits pétroliers (Total), la gestion des déchets (Véolia), etc. La liste n’est pas exhaustive… Le chiffre d’affaires des entreprises françaises représente plus de 25 % du PIB sénégalais et contribue à près de 25 % des recettes budgétaires de l’État…

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Rédacteur Pascal Gibert

Rédacteur en chef du magazine en ligne Panafricain GriGriNews.com : rédacteur journaliste depuis plusieurs années, à commencé dans les domaines de la communication, puis par la suite dans les relations presse, rédacteur indépendant et partisan! Hyperactif dans les domaines du web, de l'information, veille internet concernant tous les pays d'Afrique. Ardent défenseur de la souveraineté des pays d'Afrique, passionné de géopolitique Africaine, dévore les news d'Afrique pour informer le grand public de la désinformation généralisée dans les médias au sujet de l'Afrique... Vive l'Afrique!!!
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