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Françafrique : Zone Franc CFA, qui sera capable de la quitter ?!

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Afrique francophone soumise

« Contrairement à une idée répandue, aucune des nations qui participent au système de la zone CFA n’est contrainte d’y participer, elles peuvent le quitter, selon bien sûr une procédure particulière, à tout moment. Certaines nations ont refusé dès le départ de participer à ce système, d’autres en sont parties, puis y sont revenues… »

Soumission monétaire

Le jeu est donc clair sauf que pour partir, il faut déjà être en capacité de le faire, et c’est là tout le problème… Il est évident que la pleine et exclusive possession de sa monnaie, constitue un des éléments les plus fondamentaux de la souveraineté d’une nation. Ceci, de sorte qu’on peut dire sans ambages que celles qui ont lié dès le début leur destinée au franc CFA, n’ont jamais été réellement indépendantes…

Si ces nations ont accepté de participer à ce système, c’est tout simplement parce qu’à l’heure où les « indépendances » leurs ont été octroyées, afin que la métropole s’épargne des épreuves aussi désastreuses que celles d’Indochine ou d’Algérie, elles n’étaient tout simplement pas prêtes… Et, c’est précisément pour cela que les choses se sont faites dans une relative précipitation et impréparation, ce qui garantissait à la métropole de pouvoir conserver par le moyen d’institutions communautaires qui dans leur état, leur seraient absolument nécessaires, le contrôle de ces jeunes nations…

Une des raisons de la guerre d’indépendance des Etats Unis fut précisément la volonté des colons américains de frapper leur propre monnaie, afin de se soustraire à l’usure abusive des banquiers londoniens, ce qui leur fut bien sûr refusé par les Britanniques… Ayant vaincu les Britanniques grâce à l’aide des Français, ces Américains indépendants, mais privés du financement londonien pour faire fonctionner leur économie, vont devoir se constituer une monnaie à partir de rien, car ils n’ont pas d’or…

Nous sommes en effet à cette époque où la Louisiane française qui s’étendait à l’époque depuis la frontière du Canada jusqu’au golf du Mexique, sur une étendue plus de cinq fois plus grande que la France d’aujourd’hui, et qui leur sera vendue pour une bouchée de pain par Napoléon, barrait l’accès à l’ouest du continent aux Américains. Ceci, de sorte que la conquête de l’ouest et la ruée vers l’or, ne s’étaient pas encore produites, les américains n’avaient pas d’or…

Monnaie fiduciaire

C’est alors qu’ils vont tenter et réussir une opération impensable partout ailleurs, créer une monnaie totalement « fiduciaire », c’est-à-dire garantie uniquement par la « confiance » qu’on lui accordait, sans aucune autre garantie, sans aucune contrepartie en or, en argent ou en devises, qui ne pouvait donc être échangée ni contre de l’or, ni contre quelque autre richesse que le travail de ces américains et leurs produits…

Le discours des dirigeants américains à leur peuple fut en quelque sorte celui-ci :

 » Acceptez ces billets comme s’ils valaient de l’or… Pour l’instant, ils n’ont que la valeur du papier, vous ne pourrez les échanger contre de l’or, mais ayez confiance, un jour vous verrez, ils vaudront effectivement de l’or… »

C’est le patriotisme sans faille des Américains de l’époque, la pleine confiance en leurs dirigeants, en eux-mêmes, et en leur jeune nation, qui a fait que cette opération a pu fonctionner et bien fonctionner…Les citoyens américains en effet, acceptant tous les risques, n’ont pas cherché à se débarrasser de cette monnaie qui fut alors nommée « dollar », en référence à une monnaie mexicaine de l’époque qui était recherchée…

De fait, le dollar deviendra pour de longues décennies la monnaie la plus forte du monde, au point que par le système du « Gold Exchange Standard », il fut déclaré équivalent à l’or, et devint par le fait la monnaie de réserve de nombreuses banques centrales…

Monnaie de singe…

C’est une opération de ce genre que devront réussir les dirigeants qui désireraient faire sortir leur nation de la zone CFA, car il leur faudra à eux aussi, émettre une monnaie qui ne sera garantie par rien, ou presque rien, et avec une difficulté bien supérieure à celle des Américains, compte tenu de l’importance qu’ont pris de nos jours les échanges extérieurs, qui nécessitent d’acquérir des devises au prix de sacrifices…

Ces dirigeants auront donc besoin du plein engagement de leurs concitoyens pour que par leur effort, ils confèrent sa valeur à cette monnaie, et surtout leur pleine confiance, particulièrement celle des possédants et des entrepreneurs, pour que ne voulant pas prendre de risques, ceux-ci ne se dépêchent de se débarrasser de cette monnaie pour acquérir des devises, afin de se mettre à l’abri.

Seulement voila, une pleine confiance des citoyens en eux-mêmes, en leurs compatriotes, en leurs dirigeants, et en leur nation, sont des conditions exceptionnelles dans une nation exceptionnelle. Car, dans le cas habituel, les choses ne se passent absolument pas ainsi…

Nations laquais

C’est ce qui explique que les dirigeants des nations qui participent au système CFA, ne manifestent aucune velléité d’en sortir, et il faut pour les comprendre, observer ce que furent les odyssées financières catastrophiques de la plupart des nations africaines qui ne se sont pas trouvées à l’abri d’un tel système.

Ainsi, la Guinée du fier Sékou Touré refusa-t-elle dès son indépendance de demeurer dans le système monétaire des « Colonies Françaises d’Afrique », selon l’ancien libellé du signe CFA. Un franc guinéen fut donc créé en 1960, et pour satisfaire l’orgueil national il changea même de nom de 1972 à 1986. Sans reprendre la liste de toutes les dévaluations successives de son parcours tumultueux, retenons qu’en 2007 seulement, il fallait 4400 francs guinéens pour 1 euro, et qu’aujourd’hui, il en faut 9396…!
Et ce n’est pas fini…!

la Mauritanie elle aussi refusa de faire partie de la zone CFA, et préféra créer sa propre monnaie, « l’ouguiya », au parcours lui aussi tumultueux…
En 1973, il fallait 50 ouguiyas pour l’équivalent de 1 euro. Aujourd’hui, il faut 404 ouguiyas pour 1 euro…

Madagascar créa « l’ariary »… En 2003 il en fallait 1400 pour 1 euro, et aujourd’hui il en faut 3300…

Le Mali lui aussi s’est un moment affranchi de la zone CFA, de 1962 à 1984 en créant un « franc malien »… Mais l’expérience fut si désastreuse qu’elle a tourné court et que le Mali au réintégré aujourd’hui cette zone…

La république démocratique du Congo ( Congo Kinshasa) n’étant pas une ancienne colonie française, ne participait donc pas de la zone CFA, mais son sort ne fut pas meilleur pour autant…
En 1998, un « franc congolais » valait 0,72 dollar ce qui revient à dire qu’il fallait alors moins de 2 francs congolais pour 1 dollar, mais il en fallait déjà 561 en 2008, et aujourd’hui il en faut 930…!

Dans les pays non francophones mais qui jouissent d’une grande notoriété parmi les opposants à la zone CFA, il nous faut remarquer tout d’abord le Ghana avec sa monnaie nationale le « cedi », et suivre la chute vertigineuse de celui-ci…

En 1983 il falait 90 cedis pour 1 dollar, il en fallait 750 en 1993, 8500 en 2003, et 9600 en 2007…!

A cette date, les autorités monétaires décidèrent de créer un nouveau cédi, valant 10 anciens…

Citons également le Nigeria dont la monnaie est le « naira » et qui affiche le PiB (PPA) le plus élevé d’Afrique, même si en PIB par habitant, ce qui mesure le véritable niveau de vie, il demeure bien inférieur à l’Afrique du sud.

En 1970, 2 nairas suffisaient pour 1 dollar, mais il faut aujourd’hui 160 nairas pour 1 dollar, et 212 pour 1 euro, et là aussi, la chute à été vertigineuse…

Mais le cas à la fois le plus emblématique, le plus tragi-comique, et le plus désespérant de tous, est celui du Zimbabwe de ce monsieur Mungabe si cher à certains, pays dont la monnaie est le « dollar zimbabwéen »…

En 2008, il fallait 480 dollars zimbabwéens pour 1 dollar US. Mais la politique qui fut alors engagée par monsieur Mungabe, par-delà bien des aspects qui prêtent à controverse, a surtout provoqué une « hyperinflation » absolument apocalyptique dans ce pays, avec un taux d’inflation ahurissant qui va atteindre 2,2 millions pour cent…!

Oui, vous avez bien lu…!

Ceci, de sorte qu’en janvier 2009, seront émis des billets de « cent mille milliards de dollars »…

Oui, là aussi vous avez bien lu…!

Mugabe un exemple ?

Finalement en avril 2009, le gouvernement de monsieur Mugabe décide d’abandonner purement et simplement la monnaie nationale qui ne valait plus rien, au profit de devises étrangères, dont la population s’était d’ailleurs déjà emparée depuis longtemps…

C’est alors que l’homme le plus riche du Zimbabwe, Strive Masiyiwa, fondateur d’un groupe de télécommunication, et farouche opposant à Mungabe qui a fait interdire le journal qu’il éditait, a proposé d’en finir une bonne fois avec la monnaie nationale et l’incompétence gouvernementale, grâce à une monnaie virtuelle avec le règlement des achats s’effectuant par téléphone portable. Déjà 1 Zimbabwéen sur 3 utilise ce mode de règlement, mais son officialisation par le gouvernement de monsieur Mungabé qui se trouverait ainsi privé d’une de ses fonctions régaliennes, semble peu probable…

Tout cela à de quoi faire réfléchir les chefs d’états de pays de zone CFA que certains n’ont de cesse de fustiger, mais qui, pour avoir subi quelques dévaluations, n’ont tout de même jamais rien connu de tel, et ne semblent pas décidés à se lancer dans des histoires pareilles…

Des citoyens ayant pleine confiance en eux-mêmes, en leurs compatriotes, en leurs dirigeants, et en leur nation, constituent une denrée si rare sur le continent africain que la zone CFA semble avoir de beaux jours devant elle…

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Rédacteur Richard Pulvar

Richard Pulvar
Militant de la marge, pour un mieux de la norme...
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